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Le Point (5/06)
Tout ceci est délicieux. En ce petit matin de la mi-mai, le soleil chauffe doucement le jardin du Luxembourg. A son habitude, Vincent Peillon est d'une extrême courtoisie. Beau comme un Kennedy
à Hyannis Port [C'est quoi les références du Point ?], il déambule avec élégance au milieu des promeneurs en devisant sur la vie, la famille, l'amitié, la
philosophie (Peillon est agrégé de philo), les grands auteurs de gauche comme Ferdinand Buisson, le député socialiste nobélisé en 1927 auquel il va consacrer un livre. Disciple de Merleau-Ponty
et ex-prof à Normale sup, il dit aussi son goût d'enseigner : « La pédagogie, c'est vouloir que l'autre s'élève, c'est valoriser ce qu'il y a de positif en lui. Je reconnais que c'est assez
contradictoire avec la politique, où il faut souvent trouver le mobile le plus bas pour convaincre ! » Et puis, au bout d'une heure de déambulation, il sort son Blackberry de sa poche.
L'appareil téléphonique, jusqu'alors éteint, déborde d'appels en souffrance. Toutes les minutes ou presque, un responsable socialiste a tenté de le joindre. [Quelle notoriété !] Pendant que Peillon l'intello philosophait, Peillon le mécano récoltait les signatures des vingt-cinq
premiers secrétaires fédéraux qui, le soir même, allaient soutenir la candidature de Ségolène Royal à la tête du PS. Deux visages, une morale triviale : « Ma vie est un bordel permanent.
»
Qui est vraiment le talentueux M. Peillon ? Entre « docteur Vincent et mister Peillon », comme l'avait surnommé son bon ami
Pierre Moscovici, qui l'emporte ? A vrai dire, personne. « Vincent est un grand schizophrène, une sorte de Dorian Gray au PS, juge un député socialiste. Il est dans le dédoublement
permanent, coincé entre l'intello revisitant les personnages fondateurs du socialisme et le manoeuvrier habitué aux coups les plus tordus. » Une dichotomie qui apparaît même dans son
rapport aux autres. Affectueux en privé, il peut devenir « violent » en politique, témoigne un élu socialiste. « Quand on se voit hors du PS, on s'embrasse, mais dès que je le
rencontre à Solferino il me serre la main avec une certaine froideur », ajoute l'un de ses intimes.
Peillon lui-même le reconnaît : entre ses deux facettes, il n'a toujours pas choisi. Il ne tranche pas, il cumule les deux activités, quitte à « mal faire, peut-être, les deux ». Tous
les matins, il se lève à 3 ou 4 heures dans son appartement peuplé d'ouvrages situé sur la montagne Sainte-Geneviève, pas très loin du Panthéon. Il lit, écrit, réfléchit, parfois toute la
matinée. Puis, après quelques longueurs en piscine, il passe à l'action. Depuis 2006, il seconde Ségolène Royal. D'abord comme porte-parole durant la campagne présidentielle, puis comme
conseiller politique depuis la défaite. « La vie qui me donne le plus de plaisir, c'est la vie intellectuelle. Mes joies pures sont là , confie Peillon. Mais je suis aussi le
conseiller le plus influent d'une personne qui a toutes les chances de prendre le Parti socialiste. C'est avec ce rôle que mes idées portent le plus. »
A bientôt 48 ans, Peillon a changé. Depuis son entrée au PS, au début des années 90, l'ex-plume de Lionel Jospin-il revendique l'expression « droit d'inventaire » -traçait son sillon
de trublion minoritaire. Jusqu'au congrès du Mans, en 2005, il défend ses idées avec quelques autres, dont Arnaud Montebourg, avec qui il fonde l'un des principaux courants des dernières
années, le NPS. Pas question de se ranger sous la bannière de quiconque, sauf celle de François Hollande, en 2005. Il rejoint alors, pour la première fois, la majorité du parti. Mais il n'est
qu'un cadre parmi tant d'autres.
Mauvaise passe
Quelques jours après la défaite de Ségolène Royal, Vincent Peillon s'interroge sur son avenir. Il s'en ouvre à Gilles Pargneaux, le
patron des socialistes du Nord. Ce 23 juin, tous les hiérarques socialistes sont réunis dans un grand hôtel parisien pour tirer les leçons de la défaite. « Vincent m'a dit : "J'en ai assez
d'être minoritaire au sein du parti" », raconte Pargneaux. A l'époque, Vincent Peillon traverse une mauvaise passe. Quelques jours plus tôt, il a échoué à récupérer son siège de député de
la Somme, qu'il avait occupé de 1997 à 2002. Il y a aussi ce pataquès, en avril : Peillon est radié des listes électorales de Chépy, le petit village proche de la baie de Somme où se trouve sa
permanence. Motif : le 2-pièces qui lui tient lieu de résidence, juste au-dessus de sa permanence en brique rouge, ne dispose pas de douche. L'appartement ne peut donc être considéré comme...
résidence. Malgré tout, en juin, il croit en ses chances de retrouver son siège. Mais il est battu par le candidat UMP pour 143 petites voix ! Le soir du second tour, marqué mais pas abattu,
Peillon réconforte un à un la cinquantaine de militants venus le soutenir dans son petit QG de campagne, logé dans un centre commercial. « Beaucoup d'entre nous pleuraient, pas seulement à
cause de la défaite mais surtout par crainte de voir Vincent abandonner la Somme », raconte Colette Michaux, vice-présidente du conseil régional de Picardie.
Finalement, Peillon est resté. Député européen, il est toujours le patron des socialistes de la Somme. Mais c'est à Paris qu'il veut jouer de son influence. Après des vacances passées en Corse
et dans la maison de sa belle-famille, à Uzès, il se range, plus fermement encore que pendant la présidentielle, auprès de Ségolène. « Elle est la plus capable de faire bouger les lignes
», argumente-t-il. Un ralliement qui ne vaut pourtant pas blanc-seing. « J'ai une vie en dehors de la politique. Si le travail avec Ségolène ne me convient plus, je peux très bien m'en
aller. Elle le sait ! »
Pour l'heure, entre les allers-retours au Parlement européen et ses visites dans la Somme, Vincent Peilllon accompagne l'ex-candidate dans la plupart de ses déplacements en province. Tous les
mardis matin, il est présent au conseil politique qui réunit les proches de Royal dans son QG du boulevard Raspail. A l'image de sa personnalité, son rôle y est double. Le Peillon des livres
distille ses conseils sur la stratégie et travaille les discours. Ainsi, quelques heures avant sa déclaration de candidature au poste de premier secrétaire, vendredi 16 mai, c'est à lui que
Ségolène Royal envoie son texte pour avis. Il s'étrangle d'ailleurs un peu, trouvant l'annonce précipitée... [J'adore les articles dans le genre de celui-ci... plus intéressé par le style littéraire que par le contenu... Faut toujours tout enjoliver, quitte à
exagérer, pour que ça saute aux yeux du lecteur. On modère avec le "un peu", mais ce que l'on retient c'est : il s'étrangle... Ca aurait pu être "il manque d'avaler de travers sa fourchette
de tagiatelles à la carbonnara"... "il recrache le verre d'eau qui était en train de boire tranquillement"... ou mieux : "à la vue des derniers mots du discours, Vincent, prit
d'un étonnement grandissant, a un sursaut et en lache son yaourt aux fruits allégé 0% qui termine sa chute en allant éclabouser le tapis rouge framboise du salon"]
Premier secrétaire ?
Le Peillon des cuisines, de son côté, assure le relais entre la présidente de la région Poitou-Charentes et le coeur du parti. «
Il organise la campagne interne de Ségolène en vue du congrès », explique une ségoléniste. Après plus de dix ans à sillonner les sections les plus reculées du PS, Peillon en est devenu un
connaisseur hors pair. « J'ai des amis partout, dans l'Aisne, dans le Var, dans les Bouches-du-Rhône. Je peux réunir sans problèmes 10 000 signatures en faveur d'un candidat », se
flatte-t-il.
Au sein des troupes ségolénistes, il a pourtant trouvé à qui parler : François Rebsamen, le numéro deux du parti. « Si Vincent est le premier pour élaborer la politique auprès de Ségolène,
il n'est que le deuxième pour l'animation du réseau derrière Rebs », juge un de ses amis. Entre les deux hommes s'est engagée une lutte d'influence pour obtenir les faveurs de Ségolène
Royal et rafler la mise de leur soutien. « Vincent Peillon est persuadé d'être gagnant à tous les coups, analyse un ténor socialiste. Soit Ségolène est premier secrétaire, et il
devient son fondé de pouvoir à la tête du PS ; soit elle perd, et il devient l'animateur de son courant, car elle se retirera [et la marmotte, elle met le
chocolat...] ; soit, enfin, elle ne brigue pas le poste, et Vincent devient son candidat. » Le sémillant Peillon, fils d'un banquier qui fut proche des intérêts soviétiques,
pourrait alors réaliser l'ambition que beaucoup lui prêtent : devenir premier secrétaire. Il s'en défend. « Je manque peut-être d'ambition, mais je ne me lève pas tous les matins avec ça en
tête », confie le promeneur du jardin du Luxembourg. Peut-être pense-t-il aussi à l'écriture, difficile à concilier avec la charge de premier secrétaire ? Bientôt paraîtra son dernier
ouvrage, « La Révolution française n'est pas terminée ». Il a mis vingt-sept ans à l'écrire.